Le chef d'une secte, Juliano Verbard, alias « Petit Lys d'amour », condamné en février 2008 à quinze ans de réclusion pour viols et agressions sexuelles sur enfants, s'est évadé lundi par hélicoptère avec deux adeptes de la prison de Saint-Denis, à la Réunion.
L'opération était visiblement bien préparée. Elle s'est en tout cas parfaitement déroulée. Lundi, sur le tarmac de l'aéroport de Gillot, à Saint-Denis de la Réunion, trois hommes qui avaient réservé un hélicoptère « pour une balade touristique » ont, à peine les pales avaient elles commencé à tourner, braqué le pilote et son assistant pour les contraindre à se poser quelques instant plus tard dans la cour de la prison de Domenjod, située à quelques centaines de mètres à vol d'oiseau. « L'un d'eux m'a mis une arme sur la tempe tandis qu'un autre menaçait de mettre le feu à une bouteille d'essence qu'il tenait à la main avec un briquet », raconte le pilote. « Il y avait foule dans la cour de la maison d'arrêt, les détenus effectuaient leur promenade », explique de son côté une source policière. Parmi les prisonniers qui s'aèrent, Juliano Verbard, 27 ans, dit « Petit Lys d'Amour », le gourou de la secte « C½ur douloureux et immaculé de Marie », et deux de ses adeptes – Fabrice Michel et son père, Alexin Jismy Michel. Tous les trois sont derrière les barreaux dans l'attente de leur procès pour l'enlèvement et la séquestration, en août 2007, d'Alexandre Thélahire, 12 ans.
A peine les patins de l'aéronef posés sur le sol sablonneux de la cour promenade, les trois hommes se sont précipités pour prendre place à bord. Puis l'hélicoptère a redécollé pour se poser à moins d'un kilomètre du centre pénitentiaire où une fourgonnette attendait les fuyards. « Tous les plans de recherches ont été déclenchés pour les retrouver », assure-t-on au cabinet du préfet. Des recherches qui n'avaient toujours pas abouti lundi dans la soirée.
Le gourou traqué
A l'été 2007, Petit Lys d'amour avait mis en effervescence la Réunion. Début août, après une première tentative ratée, il avait fait kidnapper le petit Alexandre, considéré comme le « nouvel élu » de la secte qu'il dirigeait. Pendant 48 heures, toutes les polices de l'île avaient été mobilisées pour traquer le gourou, finalement interpellé dans sa planque du Petit-Tampon, entre Saint-Pierre et les premières pentes du piton de la Fournaise. Là, les hommes du Groupe d'intervention de la police nationale (GIPN) avaient également retrouvé l'enfant. « Il était assis sur le sol, gardé par trois femmes qui l'entouraient », racontait à l'époque un fonctionnaire.
C'est en 2002 que Verbard avait créé sa secte après avoir convaincu des centaines de fidèles que la vierge lui apparaissait chaque mois. Pour assister à ce « rendez-vous », les disciples devaient payer 20 euros. Le gourou leur faisait également croire que la vierge l'appelait « Petit lys d'amour », d'où son surnom. Pour la justice, Verbard est surtout connu pour avoir été condamné par contumace à 15 ans de réclusion en 2006 pour le viol d'un enfant mineur. Une condamnation à laquelle est venue s'ajouter, le 8 août 2007, une mis en examen pour l'enlèvement et la séquestration par bande organisée d'un mineur de 15 ans, Alexandre, quelques mois après qu'il a avoué avoir violé un autre enfant, âgé de huit ans, et ce « à de multiples reprises ».
La secte C½ur douloureux et immaculé de Marie a été dissoute par le ministre de l'Intérieur après l'enlèvement du jeune Alexandre.
